Isabelle Lecointre, thérapeute et praticienne en médiation équine a monté un centre de thérapie avec le cheval en plein coeur des coteaux du Layon. Elle soigne les maux de l’esprit et du corps avec l’aide de ses chevaux.


C’est à Bellevigne-en-Layon, commune du Maine-et-Loire dont elle est originaire qu’Isabelle Lecointre a monté il y a peu un centre de thérapie équine.

Auparavant éducatrice spécialisée, Isabelle souhaitait proposer une activité autour du cheval qui permettait aux plus jeunes comme aux plus âgés de bénéficier des effets thérapeutiques d’une rencontre avec l’animal. « Lorsque je travaillais en tant qu’éducatrice spécialisée, j’ai toujours essayé d’organiser des ateliers avec les chevaux. Nous allions dans un centre équestre et nous mettions les enfants à cheval mais ce n’était pas vraiment adapté. Néanmoins, je me suis rapidement aperçue qu’au contact des animaux, les enfants prenaient beaucoup de plaisir. J’ai voulu me spécialiser pour en apprendre plus et voir ce qu’il était possible de faire. » Après avoir obtenu son diplôme d’accompagnatrice de Tourisme Equestre, puis suivi une formation de thérapeute avec le cheval à la FENTAC (Fédération Nationale de Thérapie avec le Cheval) et enfin décroché un certificat de practicienne en médiation équine (avec l’association Cheval EMOI) c’est au Canada qu’elle perfectionne ses différentes méthodes de travail entre les personnes en difficultés et les équidés. De retour en France, Isabelle décide de monter sa propre structure, EquiTerreHappy, un centre de thérapie avec le chevalsitué en plein coeur des vignes angevines.


Quotidiennement, elle élève ses cinq équidés dont deux juments Paint-Horse originaires du Canada. Agricultrice, elle fait aussi de la pension. « Je vis en permanence avec les chevaux. Je les soigne et je leur apprend à être le plus calme et le plus détendu possible. » Afin d’accueillir les gens dans les meilleures conditions, Isabelle a fait construire un manège en bois. « C’est un espace assez petit, contenant où l’on s’y sent en sécurité. » Tout au long de l’année, le centre accueille des personnes avec des pathologies ou un mal-être particulier. Un grand nombre avait déjà testé diverses thérapies ou traitements médicaux mais ne parvenait pas à se sentir mieux.

« J’accueille des enfants en séance individuelle ou en groupe. Les groupes d’enfants sont pris en charge dans des structures spécialisées et dans ce cas l’équithérapie est un complément de tout ce que l’on peut leur proposer. C’est aussi pour eux une sortie en groupe où les encadrants ont envie de leur présenter quelque chose de différent, de vivant. Une activité qui leur permet de créer des relations, des liens et voir tout ce que ces interactions peuvent leur apporter dans la vie de tous les jours et dans leurs relations avec leurs familles ou leurs amis. Les enfants qui viennent en séance individuelle ont pour certains des troubles autistiques ou comportementaux. La demande de l’entourage peut être centrée sur un point précis, par exemple la gestion de l’hyperactivité ou des angoisses envahissantes. Comment faire pour que l’enfant puisse s’apaiser et se poser. Le cheval étant une bonne entrée tant au niveau émotionnel que relationnel. »


« Je reçois aussi des adultes autistes Aspergers qui viennent tous les mois par groupe de quatre. Ils viennent pour se mettre en selle, pour se faire plaisir. Ils apprécient le contact avec le cheval et ont pour la plupart déjà de l’expérience en tant que cavalier. On parle ici d’équitation adaptée. Les jeunes adultes viennent à la rencontre des chevaux et apprennent à s’en occuper :les soigner, les brosser, mais aussi apprendre à diriger sa monture : monter, se déplacer, s’arrêter, faire des demi-tours … Je reçois également des adultes handicapés physiques, certains avec une déficience intellectuelle. Ce sont des adultes en fauteuil, ils ont donc une autonomie réduite et cette prise en charge nécessite beaucoup de monde et de sécurité autour pour que tous se passe dans les meilleures conditions. On développe le plaisir d’être au contact des chevaux, le plaisir de les toucher, de les caresser et pour certain de les monter. » C’est le cas d’Elie, trente-six ans pour qui monter à cheval est un rêve d’enfant. C’est la troisième fois qu’il vient au centre de thérapie et toujours avec le même engouement. Dès la première séance, Elie n’a pas hésité une seule seconde à monter à cheval. C’était un souhait qu’il voulait réaliser depuis longtemps déjà mais qui n’avait jamais été possible au vu de son handicap physique.


Chaque séance se découpe en plusieurs périodes. En effet l’important est de prendre son temps et d’aller au rythme de chacun. Le temps est un facteur très important dans la médiation. « Je structure les séances avec une succession chronologique permettant de spatialiser le temps pour donner des repères. Cela donne une certaine stabilité et un sentiment de sécurité au patient. » Les séances durent environ une heure et demi. Dans un premier temps, les «cavaliers» font connaissance avec leur monture, ils vont à leur contact directement en allant les chercher au pré. «Les chevaux sont des animaux grégaires, ils apprécient le contact avec les hommes et sont curieux de nature. De ce fait ils viennent au contact, regarder, sentir, renifler, s’éloigner parfois. On prend le temps d’observer et d’être observer. C’est le début du lien qui s’établit entre la personne accueillie et l’animal.» Ensuite, le troupeau est conduit dans le manège, c’est le temps des caresses et du pansage. Chacun choisit une brosse pour prendre soin de son poney, le gratter, le masser, le caresser. Le but étant de lui donner du plaisir mais aussi de prendre du plaisir. C’est aussi le moment des caresses où certains s’appuient contre l’encolure du poney pour ressentir la chaleur, l’odeur, la douceur et se sentir en sécurité. Ensuite vient le temps de la mise en selle ou plutôt du portage. « Les adultes sont positionnés sur le dos du cheval, directement assis sur un tapis avec un surfaix de voltige. Le but est d’être au plus près du contact avec le cheval, la selle empêchant cela. » La thérapeute propose ensuite des parcours libres ou aménagés, des ballades à l’extérieur ...


La FENTAC définit l’équithérapie comme un temps d’accompagnement thérapeutique s’adressant à toutes personnes en demande de soins et présentant des pathologies physiques ou mentales (retard)ou des difficultés psychiques (angoisses, difficultés de communication, troubles comportementaux …). Le cheval intervient comme médiateur corporel et relationnel. Il permet de renseigner le thérapeute sur l’état émotionnel de la personne et aide à établir un contact par le toucher. Les bienfaits sont multiples. L’équidé aide notamment à la socialisation, l’autonomie et la communication mais aussi sur le plan physique à l’équilibre, la souplesse et la coordination. La confiance en soi est aussi un bénéfice capital dans la reconstruction d’une personne, l’acceptation de la maladie et le désir de reprendre goût à la vie.

Malgré des propriétés thérapeutiques connues depuis l’antiquité, il faudra attendre de nombreux siècles avant que la pratique de l’équithérapie se développe dans le monde. En effet, des premières études datant du 19ème siècle montrent les bienfaits de l’équitation thérapeutique sur différentes pathologies et autres troubles neurologiques. Ce n’est cependant que dans les années 50, 60 que les pays scandinaves, précurseurs dans ce domaine, développent et reconnaissent cette pratique de médiation équine. Dans un premier temps, la médiation était ouverte principalement aux personnes ayant des troubles moteurs ou neurologiques, des personnes autistes ou handicapées. Puis, au vu des retours positifs et des bénéfices aperçus, la thérapie s’est aussi développer auprès de personnes souffrant de stress, de dépression, de burn-out, mais aussi de phobies, d’addictions variées ou de troubles alimentaires. Encore aujourd’hui, trop de gens considèrent cette médiation comme un dernier recours alors qu’elle peut très bien être combinée à une médecine traditionnelle.


« La première personne qui est venue au centre était une jeune fille en dépression. C’est sa maman qui m’avait contacté car depuis toute jeune sa fille était très attirée par les chevaux. La thérapie s’est déroulée sur plusieurs mois et depuis cette jeune femme est sortie de la dépression. Elle a repris une vie sociale et est en cours d’une reprise professionnelle. Elle a retrouvée l’envie de vivre et le plus important, c’est qu’elle retrouve son chemin de vie avec la compréhension de ce qui lui ai arrivée. »


Chaque cas est différent mais tous ressentent le même bien-être et le même plaisir d’être à cheval. Le fait d’être porter permet de prendre de la hauteur et de voir la vie sous un autre angle en appréhendant les choses différemment. Le pas du cheval par le rythme et les balancements qu’il transmet rappelle le bercement du foetus dans le ventre de sa mère. La chaleur et la corpulence de l’équidé apporte le sentiment de sécurité et de bien-être au patient. Le cheval ne juge pas, n’abandonne pas, il est là pour soutenir, pour aider à se sentir mieux. Sur lui, on se sent plus puissant, plus en confiance.


Finalement, être à cheval c’est un peu comme reprendre le contrôle de sa vie. Les personnes trouvent ici une thérapie vivante, ludique et moins angoissante car non conventionnelle. Ils sont alors acteurs et non spectateurs.

Isabelle Lecointre ne compte pas de s’arrêter là. À l’avenir, elle aimerait ouvrir l’équithérapie aux personnes âgées. « Si j’ai l’occasion et la possibilité, j’aimerais emmener un de mes poneys dans une ou plusieurs maisons de retraite. On s’aperçoit qu’il y a quand même une grande tristesse et une grande solitude dans ces endroits. Le contact avec l’animal pourrait être un bon moyen pour apaiser les maux et redonner un peu de vie et de joie dans le quotidien des personnes agées.»

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